« La Terre fournit suffisamment pour satisfaire les besoins de chacun, mais pas l’avidité de tous. » – Gandhi
Cette vidéo présente une autre idée de la richesse et l’Indice de Vertuosité, pour mesurer aussi ce que notre économie préserve, répare et fait grandir.


Nous constatons que les modèles économiques contemporains ont permis d’immenses progrès matériels, scientifiques et technologiques. Ils ont amélioré les conditions de vie de milliards d’êtres humains et favorisé des capacités de production inédites dans l’histoire.
Nous constatons également que certaines dérives fragilisent progressivement les sociétés. La concentration excessive des richesses, la spéculation déconnectée de l’économie réelle, l’endettement permanent ou encore l’exploitation excessive des ressources peuvent créer des déséquilibres durables.
Nous croyons qu’une économie saine doit rester connectée aux réalités physiques, humaines et écologiques qui rendent toute prospérité possible.
La richesse n’est durable que lorsqu’elle repose sur une création de valeur réelle. Produire, réparer, transmettre, cultiver, construire, soigner, enseigner, protéger ou entretenir créent des richesses concrètes qui renforcent les sociétés et améliorent durablement la vie des populations.
À l’inverse, une économie qui détruit davantage de ressources qu’elle n’en régénère, qui fragilise les liens sociaux ou qui reporte systématiquement ses coûts sur les générations futures finit par affaiblir les fondations mêmes sur lesquelles elle repose. Nous affirmons que des écarts extrêmes de richesse fragilisent profondément la cohésion sociale. Une civilisation équilibrée doit permettre à chacun d’accéder aux besoins fondamentaux : se loger, se nourrir, se soigner, apprendre, travailler et vivre dignement.
Une meilleure circulation des richesses, des savoirs et des opportunités contribue non seulement à la stabilité économique et à la paix sociale, mais également à la créativité, à l’innovation et à la résilience collective.
L’économie ne devrait pas être guidée uniquement par la rentabilité immédiate. Elle devrait également prendre en compte la santé des populations, la qualité des relations humaines, la stabilité des territoires, la préservation des écosystèmes et la capacité à transmettre un monde viable aux générations futures.
Nous manifestons pour une économie capable de créer des richesses durables tout en préservant les conditions qui les rendent possibles.
Une économie qui renforce les êtres humains, les territoires et les ressources dont dépend notre avenir commun.
Car la véritable prospérité d’une société se mesure à ce qu’elle est capable de transmettre, de préserver et de faire grandir.
CHANTIER 7 – ÉCONOMIE DE LA VERTUOSITÉ
LES RICHESSES INVISIBLES
Comme le rappelait Albert Einstein : « Nous ne pouvons résoudre nos problèmes avec le même mode de pensée que celui qui les a créés. »
Nous avons longtemps évalué la richesse principalement à travers ce qui se produit, s’achète ou se vend. Cette approche a permis de mesurer une partie importante de l’activité économique. Elle montre cependant certaines limites lorsqu’il s’agit d’évaluer ce qui contribue réellement au bien-être collectif sur le long terme. De nombreuses décisions paraissent avantageuses lorsque l’on observe uniquement leur coût immédiat. Pourtant, leurs conséquences réelles n’apparaissent parfois que plusieurs années plus tard.
Pendant plusieurs décennies, certains produits phytosanitaires ont permis d’augmenter les rendements agricoles. Leur coût d’achat était connu. Les conséquences sur certains sols, sur les pollinisateurs, sur les nappes phréatiques ou sur la restauration des écosystèmes l’étaient beaucoup moins.
Le plastique à usage unique offre un exemple similaire. Son prix d’achat semble très faible. Pourtant, lorsque l’on prend en compte la collecte, le traitement des déchets, la dépollution et les impacts sur les écosystèmes, le coût réel devient bien supérieur à celui affiché au moment de l’achat.
À l’inverse, certaines activités créent une immense valeur sans apparaître clairement dans les indicateurs économiques traditionnels. Chaque jour, des millions d’aidants accompagnent un parent âgé, un proche malade ou une personne en situation de handicap. Leur engagement permet souvent d’éviter des hospitalisations, de préserver l’autonomie des personnes concernées et d’améliorer leur qualité de vie. Cette contribution humaine, sociale et économique demeure pourtant largement invisible.
Le monde associatif constitue un autre exemple remarquable. Des millions de bénévoles consacrent du temps à l’éducation, au sport, à la culture, à l’entraide, à la protection du patrimoine ou à la préservation du vivant. Sans eux, de nombreuses activités essentielles disparaîtraient ou représenteraient un coût considérable pour la collectivité.
Certaines richesses ne prennent donc pas la forme d’un produit ou d’un service vendu. Elles prennent la forme d’un lien social renforcé, d’un territoire préservé, d’une personne accompagnée, d’une connaissance transmise ou d’un écosystème maintenu en bonne santé.
Une société mature sait reconnaître la valeur des héritages qu’elle reçoit, des équilibres qu’elle entretient et du monde qu’elle prépare pour demain.




L’INDICE DE VERTUOSITÉ
Les Gouttes d’Eau proposent d’explorer progressivement la création d’un Indice de Vertuosité. Cet indice n’aurait pas vocation à remplacer les indicateurs économiques existants.
Il viendrait les compléter. Son objectif serait d’évaluer la contribution globale d’une activité, d’une entreprise, d’une institution ou d’un territoire à la prospérité durable.
Il pourrait notamment prendre en compte la qualité :
- de l’eau ; des sols ; de la biodiversité ;
- de la santé humaine ;
- de la transmission des savoirs ;
- de la création de connaissances ;
- des emplois ;
- de la coopération entre les acteurs ;
- de la résilience locale ;
- de la capacité à transmettre davantage de richesses aux générations futures qu’à en consommer.
Comme toute mesure, cet indice évoluerait avec les connaissances scientifiques, les retours d’expérience et les réalités de terrain.
UNE PROSPÉRITÉ QUI SE TRANSMET
Cette évolution n’a rien d’utopique. Elle se déploie déjà dans de nombreux territoires à travers des initiatives concrètes qui cherchent à mieux prendre en compte les effets réels de nos choix économiques.
Les labels biologiques ont constitué l’une des premières tentatives visant à rendre visibles des pratiques agricoles plus respectueuses des équilibres naturels et de la santé. Malgré leurs limites, ils ont permis à des millions de consommateurs d’intégrer d’autres critères que le simple prix dans leurs décisions quotidiennes.
Le Nutri-Score poursuit une démarche similaire dans le domaine alimentaire. En quelques secondes, il offre une lecture simplifiée de la qualité nutritionnelle d’un produit et aide chacun à élargir son regard au-delà de l’emballage, de la publicité ou du coût d’achat. Même imparfait, il illustre la manière dont une information claire peut orienter progressivement les comportements.
Les circuits courts ont progressivement rapproché producteurs et consommateurs. Les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP), développées dans de nombreux territoires français, permettent par exemple à des familles de soutenir directement des agriculteurs locaux tout en bénéficiant de produits de saison. Cette relation plus directe recrée de la confiance, améliore la traçabilité et participe à la vitalité économique des territoires.
Dans le monde agricole, de nombreuses coopératives explorent également de nouvelles approches. Leur réussite s’apprécie autant par leur solidité économique que par leur capacité à préserver les ressources, accompagner les transitions agricoles et renforcer l’autonomie des exploitations.
Les monnaies locales poursuivent un objectif complémentaire. L’Eusko au Pays basque ou la Gonette dans la région lyonnaise encouragent les habitants à privilégier les commerces, artisans et producteurs engagés dans la vie locale. Une partie plus importante de la richesse créée continue ainsi de circuler au sein du territoire et contribue à dynamiser son tissu économique.
De leur côté, les entreprises à mission démontrent qu’une organisation peut inscrire dans ses statuts des objectifs sociaux, environnementaux ou territoriaux aux côtés de sa performance économique. Certaines entreprises françaises comme la CAMIF ont par exemple intégré des engagements liés à l’économie circulaire, à la production locale et à la réduction de leur impact environnemental. Leur développement montre qu’une activité économique peut rechercher simultanément rentabilité, utilité collective et responsabilité à long terme.
Ces expériences restent diverses dans leurs méthodes comme dans leurs résultats. Elles témoignent pourtant d’une évolution déjà perceptible : la prospérité durable repose autant sur la qualité des liens humains, la vitalité des territoires, la préservation des ressources et la capacité d’innovation que sur la seule création de richesse financière.
Comme le rappelle un proverbe attribué aux peuples autochtones d’Amérique du Nord : «Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée et le dernier poisson capturé, alors seulement nous comprendrons que l’argent ne se mange pas. »



Ces expériences restent diverses dans leurs méthodes comme dans leurs résultats. Elles témoignent pourtant d’une évolution déjà perceptible : la prospérité durable repose autant sur la qualité des liens humains, la vitalité des territoires, la préservation des ressources et la capacité d’innovation que sur la seule création de richesse financière.
Comme le rappelle un proverbe attribué aux peuples autochtones d’Amérique du Nord : «Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée et le dernier poisson capturé, alors seulement nous comprendrons que l’argent ne se mange pas. »



UNE RÉGLEMENTATION À HAUTEUR D’HUMAIN
Les règles jouent un rôle essentiel dans nos sociétés. Elles protègent les personnes, garantissent la sécurité, préservent l’environnement et contribuent à l’équité entre les acteurs économiques.
Pourtant, de nombreux porteurs de projets, artisans, agriculteurs, commerçants, responsables associatifs ou entrepreneurs se trouvent aujourd’hui confrontés à une accumulation de formalités parfois difficile à appréhender.
Normes incendie, accessibilité, urbanisme, sécurité, environnement, assurances, fiscalité ou droit du travail poursuivent des objectifs légitimes. La difficulté provient davantage de leur empilement, de leur complexité croissante ou des situations où plusieurs réglementations se superposent sans toujours être parfaitement coordonnées.
Une même règle produit d’ailleurs des effets très différents selon qu’elle s’applique à une multinationale, à une grande infrastructure industrielle, à une commune rurale, à une ferme familiale ou à une petite entreprise artisanale. Les ressources consacrées à la gestion administrative représentent alors autant de temps, d’énergie et de moyens qui pourraient être investis dans l’innovation, la formation, la production ou l’amélioration des services rendus à la population.
Plusieurs pays ont engagé des démarches de simplification qui montrent qu’une autre organisation est possible. Au Danemark, le portail numérique Virk rassemble une grande partie des formalités destinées aux entreprises au sein d’un point d’accès unique. Les entrepreneurs peuvent y créer leur activité, effectuer leurs déclarations et accéder à de nombreux services publics depuis une même interface. Cette centralisation a permis d’alléger de nombreuses tâches répétitives et de fluidifier les échanges avec l’administration.
Le principe du guichet unique s’est également développé dans différents domaines administratifs à travers le monde. Son objectif reste simple : permettre à un citoyen, une association ou une entreprise d’accéder au même endroit aux informations et aux procédures utiles à son projet. Les retours d’expérience montrent qu’une meilleure coordination améliore l’efficacité des services tout en réduisant les lourdeurs administratives.
Nous manifestons pour une réglementation plus lisible, davantage harmonisée et adaptée à la réalité des projets. Les exigences essentielles de sécurité, de santé, d’environnement et de protection des personnes demeurent indispensables. Leur organisation pourrait cependant gagner en cohérence afin de favoriser l’initiative, la création d’activité et la vitalité des territoires.
Les outils numériques et les intelligences artificielles offrent aujourd’hui des possibilités inédites pour rendre les réglementations plus accessibles, orienter les porteurs de projets et améliorer la circulation de l’information entre les différents services concernés.
En réduisant les tâches administratives répétitives, ces technologies permettraient aux citoyens, aux entrepreneurs, aux associations et aux collectivités de consacrer davantage d’énergie à ce qui crée réellement de la valeur : innover, produire, accompagner, former et faire vivre les territoires.
Une réglementation lisible, soutenue par des outils adaptés et des procédures cohérentes, peut devenir à la fois un cadre de protection, un levier d’initiative et un facteur de dynamisme économique.
Et maintenant ?
Le Manifeste des Gouttes d’Eau est né d’une conviction simple : nos sociétés peuvent évoluer en douceur en reliant les grands sujets de la vie publique et celles et ceux qui agissent déjà.
Il propose une base commune aux citoyens, associations, collectifs et réseaux engagés dans des domaines différents. Chacun garde son identité et son expertise. En faisant apparaître ce qui relie leurs engagements, ils peuvent donner plus de poids à ce qu’ils portent déjà, y compris à l’échelle nationale.
Dans un premier temps, cette évolution prend forme aux côtés des initiatives et des structures existantes grâce aux Alvéoles : de petits groupes réunis autour d’un sujet ou d’un territoire pour croiser les expériences et faire émerger des actions concrètes.
Chaque participation compte. À l’image des gouttes d’eau qui, ensemble, nourrissent la vie, nos forces réunies peuvent porter plus loin les actions de chacun. L’urgence nous invite à commencer par ce qui nous rassemble et à apprendre en avançant.
