Cette Déclaration reprend très largement celle de 1789 et en élargit les principes au vivant et aux écosystèmes.
Non pour rivaliser avec l’original – restons modestes – mais parce que les droits humains ont besoin d’humains pour être exercés.
Et les humains, eux, ont besoin d’un monde vivant.
Elle constitue également une sorte de synthèse du Manifeste.
Pour conclure la série, le chapitre XIII présente en vidéo une Déclaration qui prolonge l’héritage de 1789 et l’élargit au vivant, aux écosystèmes et aux générations futures.
Article 1 – Égalité fondamentale
Les êtres humains naissent et demeurent libres et égaux en dignité et en droits. Les êtres vivants et les écosystèmes disposent également du droit fondamental d’exister, de se développer et de se régénérer dans le respect de leurs équilibres naturels.
Les distinctions sociales ne sont légitimes que lorsqu’elles servent réellement l’intérêt collectif et la protection du vivant.
Article 2 – Finalité des sociétés humaines
Le but de toute organisation humaine – politique, économique, sociale, scientifique ou technologique – est de garantir la dignité humaine, la liberté, la sûreté et l’accès aux besoins fondamentaux ; la protection du vivant, l’équilibre des écosystèmes et l’épanouissement des générations présentes et futures.
Article 3 – Souveraineté collective
Le principe de souveraineté réside dans les peuples. Aucune autorité politique, économique, religieuse ou technologique ne peut exercer un pouvoir contraire à l’intérêt général du vivant.
Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.
Article 4 – Liberté et responsabilité
La liberté consiste à pouvoir agir, penser, créer et vivre tant que cela ne porte atteinte ni à la dignité, ni à l’intégrité physique ou psychologique d’autrui, ni aux libertés fondamentales des autres individus.
Toute activité humaine doit s’exercer dans le respect du vivant, des écosystèmes et des capacités de renouvellement des ressources dont dépendent les générations présentes et futures.
Article 5 – Limites de la liberté et droit à l’erreur :
La Loi ne peut limiter les libertés individuelles que lorsqu’elles portent atteinte à la société, aux êtres humains, aux êtres vivants ou aux écosystèmes.
Elle favorise, lorsque cela est possible, la réparation des préjudices causés, la compréhension des conséquences des actes commis et la réconciliation entre les parties concernées.
Article 6 – Un même droit pour tous
La Loi est l’expression de la volonté générale.
Tout être humain a le droit de concourir personnellement, ou par ses représentants, à sa formation.
Elle doit être la même pour tous, et protectrice.
Tous les humains, étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes les dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.
Aucune activité économique ne peut compromettre ces droits fondamentaux.
Article 7 – Justice et égalité devant la Loi
Nul être humain ne peut être accusé, arrêté ou détenu que dans les cas prévus par la Loi et selon les procédures qu’elle établit. Toute personne dispose du droit à une justice équitable, accessible et compréhensible.
Les êtres vivants et les écosystèmes disposent du droit à la protection de leur intégrité, de leur existence et de leurs capacités de régénération.
Article 8 – Les peines
La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.
Article 9 – Présumé innocent
Tout homme ou être vivant étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.
Article 10 – Liberté d’expression
Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leurs manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la Loi et dans le respect de l’intégrité de chacun.
La libre communication des pensées, des opinions et de l’expression est un des droits les plus précieux de l’Homme : toute personne peut donc parler, écrire, s’habiller, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.
Article 11 – Force publique
La garantie des droits de l’Homme, du vivant et des écosystèmes nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.
Article 12 – Contribution collective
Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les Hommes, en raison de leurs facultés.
Toute personne participe à la vie collective à hauteur de ses capacités, de ses moyens et de ses compétences. Les richesses produites collectivement doivent contribuer prioritairement au bien commun.
Article 13 – Contribution publique quotité et durée
Tous les Hommes ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.
Article 14 – Respect du vivant
Nul ne peut disposer d’un être humain, d’un être vivant ou d’un écosystème comme d’une simple ressource. Toute utilisation de leurs capacités, de leurs ressources ou de leurs services doit s’exercer dans le respect de leur dignité, de leur intégrité et de leur pérennité.
Article 15 – Séparation des pouvoirs :
Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution.
Les peuples ont le droit de rechercher l’appui d’institutions ou de communautés extérieures lorsque les droits fondamentaux, la paix civile ou l’équilibre des écosystèmes ne peuvent plus être garantis.
Article 16 – Droit au logement et au lieu de vie
Tout être humain a droit à un lieu de vie digne, sûr et adapté à ses besoins fondamentaux.
Les sociétés ont le devoir de créer les conditions permettant à chacun de disposer d’un lieu de vie digne.
Article 17 – Responsabilité envers les générations futures
Les générations présentes ont le devoir de transmettre aux générations futures une planète habitable, des ressources préservées, des institutions stables, des connaissances accessibles et des écosystèmes fonctionnels.
Toute décision collective devrait prendre en considération ses conséquences à long terme.









Goutte après goutte
Nous ne cherchons pas à détruire violemment les structures existantes.
Les sociétés humaines sont complexes. Les transitions durables demandent du temps, de l’adaptation, des expérimentations et de la stabilité.
Nous proposons donc une évolution progressive des systèmes actuels.
Les nouvelles structures pourraient coexister avec les anciennes pendant une période de transition afin de permettre aux populations, aux institutions et aux territoires d’évoluer de manière stable et apaisée.
Cette transition doit préserver autant que possible : la paix civile ; les libertés fondamentales ; la stabilité des populations ; la continuité des services essentiels ; la protection des plus fragiles.
Choisir la vie
L’histoire humaine montre que les transformations les plus durables naissent souvent de milliers d’initiatives, de rencontres, d’expériences et d’apprentissages qui finissent par converger dans une même direction.
Le Manifeste des Gouttes d’Eau propose une invitation.
Une invitation à reconnaître que les êtres humains, les territoires et le vivant forment un ensemble profondément lié dont nous dépendons tous.
Comme les gouttes d’eau forment les ruisseaux, puis les rivières et enfin les océans, les évolutions durables naissent rarement d’un grand changement unique. Elles émergent lorsque des millions de personnes choisissent progressivement d’avancer dans une même direction.
La direction appartient à chacun d’entre nous.
Nous pouvons choisir de consacrer davantage de notre intelligence, de notre créativité et de notre énergie à relier, à réparer et à partager.
Et peut-être qu’une civilisation du vivant commence simplement ainsi.



UNE INVITATION À AGIR
Au début des années 2000, autour d’Autun, des habitants du Morvan se sont inquiétés de l’évolution de leurs forêts.
Les coupes rases progressaient, les paysages changeaient et beaucoup avaient le sentiment que certaines décisions se prenaient loin du terrain.
En 2000, un Comité de soutien des Feuillus du Morvan voit le jour afin de sensibiliser le public à ces questions. Au fil des rencontres et des échanges, de nouveaux citoyens rejoignent la démarche. Trois ans plus tard, l’association Autun Morvan Écologie participe à la création du Groupement Forestier pour la Sauvegarde des Feuillus du Morvan afin d’acquérir collectivement des parcelles forestières et d’expérimenter d’autres modes de gestion.
Plus de vingt ans après, cette initiative existe toujours.
Cette histoire rappelle qu’une société vivante n’est jamais achevée.
Elle apprend, s’adapte et recherche en permanence de nouveaux équilibres.
Elle raconte ce qui peut se produire lorsque des habitants décident de s’intéresser à leur territoire, de partager leurs connaissances et de s’impliquer dans son avenir.
Aucune génération ne choisit le monde qu’elle reçoit.
Chacune choisit en revanche ce qu’elle décide d’en faire.
Et maintenant ?
Si cette lecture a résonné en vous, nous vous invitons à poursuivre la réflexion — et à ne pas la refermer en même temps que cet onglet.
Le Manifeste des Gouttes d’Eau est avant tout une démarche collective. Ses propositions ont vocation à servir de base de discussion, à être enrichies par les expériences de chacun et à faire émerger de premières actions concrètes.
Créer des Alvéoles pour passer à l’action
Nous souhaitons maintenant réunir des personnes désireuses d’agir au sein d’Alvéoles : de petits groupes constitués autour d’un sujet ou d’un territoire, pour partager les connaissances, relier les initiatives existantes et choisir ensemble des actions utiles.
Toutes les participations comptent. Les citoyens, professionnels, chercheurs, élus, associations, collectifs et réseaux sont les bienvenus. Nous invitons tout particulièrement les personnes qui représentent déjà une structure ou qui peuvent en rassembler d’autres : non parce que leur parole aurait davantage de valeur, mais parce que leur capacité de relais peut donner beaucoup plus d’impact aux actions engagées.
L’urgence est réelle. Il n’est pourtant pas nécessaire d’être d’accord sur chaque virgule du Manifeste, ni d’arriver avec un plan d’action complet sous le bras. Il suffit d’avoir envie de contribuer, de partager son expérience et d’avancer avec d’autres.
Vous souhaitez rejoindre ou créer une Alvéole, représenter une association, proposer un partenariat, relayer la démarche ou simplement ouvrir la discussion ? Vous pouvez nous contacter ici.
Nous sommes certainement plus nombreux que nous ne le pensons à vouloir agir. Il s’agit maintenant de nous trouver.
