IX – Les chemins qui nous relient 

« Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux. » – Marcel Proust

Le déplacement constitue un droit fondamental des êtres vivants.

Depuis toujours, les peuples, les animaux et les cultures se déplacent, échangent et évoluent. Nous croyons cependant que les systèmes de mobilité doivent progressivement devenir plus sobres, plus sûrs, plus accessibles et davantage respectueux du vivant.

Découvrez en vidéo comment des réseaux de transport fréquents, accessibles et complémentaires peuvent rapprocher les habitants, relier les territoires et préserver le vivant.

Une mobilité plus durable

La réussite d’un système de mobilité repose sur sa capacité à répondre simplement aux besoins réels des habitants.

Un transport efficace est d’abord un transport fiable. Il permet d’arriver à destination avec régularité et prévisibilité. Il est également fréquent, afin de limiter les temps d’attente et de rendre son utilisation naturelle au quotidien.

Un système de mobilité performant reste simple à comprendre et à utiliser. Les correspondances, les horaires, les tarifs et les différents modes de transport devraient pouvoir s’articuler de manière fluide.

Nous croyons également à la complémentarité des solutions. Aucun moyen de transport ne répond à lui seul à tous les besoins. La marche, le vélo, les transports collectifs, le covoiturage, le train, les navettes fluviales ou les innovations futures ont chacun leur place selon les territoires et les usages.

L’objectif n’est donc pas de rechercher un mode de transport unique, mais de construire des réseaux cohérents où chaque solution complète les autres.

Une mobilité réussie rapproche les habitants, renforce les territoires et permet de gagner du temps sans dégrader les équilibres naturels.

cars on road near buildings during daytime
a couple of gondolas hanging over a lush green hillside

Les innovations et l’évolution des grands réseaux de transport

L’histoire des transports est celle d’une adaptation permanente aux ressources disponibles, aux besoins des populations et aux contraintes des territoires.

Nous croyons que les innovations de demain ne consisteront pas uniquement à aller plus vite ou plus loin. Elles chercheront également à mieux utiliser les ressources existantes, à s’appuyer davantage sur les forces naturelles et à réduire les impacts des activités humaines sur les écosystèmes.

Le développement du biométhane issu des déchets organiques permet par exemple d’alimenter certains réseaux de transport collectif. Des déchets alimentaires, des résidus agricoles, des déchets ménagers ou des boues de stations d’épuration peuvent être transformés en énergie locale. Plusieurs villes européennes expérimentent déjà des bus fonctionnant grâce à ce biométhane produit à partir de ressources autrefois considérées comme des déchets. Cette approche illustre la possibilité de transformer un problème en ressource tout en réduisant la dépendance aux énergies fossiles. 

L’histoire des transports nous rappelle également que certaines solutions anciennes peuvent retrouver une nouvelle pertinence grâce aux progrès technologiques. Dans le transport maritime, le vent redevient progressivement un allié. Des voiles rigides automatisées, des ailes aérodynamiques, des rotors utilisant la force du vent ou d’autres systèmes d’assistance vélique permettent déjà de réduire la consommation de carburant de nombreux navires. Selon les routes empruntées et les technologies utilisées, les économies de carburant observées peuvent atteindre 10 à 30 %. 

L’électrification progressive de certains réseaux constitue une autre piste prometteuse. Ferries, navettes locales et transports collectifs peuvent, dans certains contextes, fonctionner grâce à une électricité produite à partir de sources renouvelables. Cette évolution ne résout pas à elle seule l’ensemble des défis énergétiques, mais elle participe à la diversification des solutions disponibles.

L’électrification pourrait également concerner certaines infrastructures elles-mêmes. Sur les grands axes, les autoroutes, les accès aux ports ou les corridors logistiques très fréquentés, des systèmes inspirés du tramway pourraient permettre à certains véhicules de se recharger en roulant ou d’être alimentés directement sur une partie du trajet.

Caténaires pour poids lourds, rails conductifs, recharge par induction ou dispositifs intégrés à la chaussée font déjà l’objet d’expérimentations dans plusieurs pays. Ces solutions ne remplaceraient pas tous les véhicules électriques, mais elles pourraient réduire la taille nécessaire des batteries, limiter les temps d’arrêt et rendre certains transports longue distance moins dépendants d’une énergie embarquée massive.

Une infrastructure de mobilité ne serait alors plus seulement un support de circulation. Elle deviendrait aussi un réseau énergétique, capable d’accompagner les véhicules au lieu de leur imposer de transporter toute leur énergie avec eux.

Nous croyons également que l’innovation ne concerne pas uniquement les véhicules. Les infrastructures elles-mêmes peuvent évoluer. Les corridors écologiques, les passages pour la faune, les protections des zones sensibles ou encore l’intégration plus harmonieuse des infrastructures dans les paysages permettent de mieux concilier mobilité humaine et préservation du vivant.

Aucune technologie ne constitue à elle seule une réponse universelle.

L’avenir reposera probablement sur la combinaison de nombreuses solutions adaptées aux réalités de chaque territoire. L’objectif est de favoriser toutes les innovations capables de transformer les déchets en ressources, d’utiliser intelligemment les forces naturelles et de réduire durablement les impacts de nos déplacements sur la nature.

CHANTIER 9 – MOBILITÉ ET TRANSPORTS

Une infrastructure vertueuse est celle qui remplit plusieurs fonctions utiles simultanément, à l’image des grands écosystèmes.

DES INFRASTRUCTURES INSPIRÉES DU VIVANT

Pendant des siècles, les infrastructures humaines ont été conçues pour remplir une fonction unique. Une route transporte. Un port charge des marchandises. Une centrale produit de l’énergie. Un canal transporte de l’eau. La nature fonctionne différemment.

Une forêt protège les sols, filtre l’eau, stocke du carbone, produit de l’oxygène, nourrit les espèces, régule les températures et participe à la stabilité des écosystèmes.

Nous manifestons pour que les infrastructures de demain s’inspirent davantage de cette logique du vivant. Les réseaux de transport pourraient devenir simultanément des réseaux énergétiques, écologiques, logistiques et sociaux. Les grands ports pourraient produire une partie de leur énergie grâce au solaire, à l’éolien ou aux courants marins tout en accueillant des zones de restauration écologique des littoraux. Les gares pourraient devenir des pôles de mobilité intégrant transports collectifs, stockage énergétique, services de proximité, réparation, recyclage et logistique locale. Les canaux et voies navigables pourraient transporter des marchandises tout en participant à la production d’énergie grâce à des turbines fluviales adaptées aux courants naturels. Les grands axes de transport pourraient accueillir des corridors écologiques permettant à la faune et à la flore de circuler plus librement entre les territoires. Certaines infrastructures routières pourraient intégrer des protections acoustiques végétalisées, des récupérateurs d’eau de pluie, des espaces photovoltaïques ou des zones favorisant la biodiversité. Les grands transporteurs eux-mêmes pourraient devenir des infrastructures mobiles au service du vivant. De nombreux navires expérimentent déjà des voiles rigides automatisées, des ailes aérodynamiques ou des cerfs-volants géants permettant d’utiliser la puissance du vent pour réduire leur consommation de carburant. D’autres développent des motorisations utilisant l’hydrogène, le méthanol vert ou d’autres carburants moins polluants.

Les navires de demain pourraient également produire une partie de leur énergie grâce à des panneaux solaires, à des systèmes de récupération énergétique ou à l’exploitation intelligente des vents et des courants. Ils pourraient participer à la collecte de données océanographiques, à la surveillance des pollutions, au suivi de la biodiversité marine ou à la recherche scientifique internationale.

Le transport fluvial offre également un potentiel considérable encore largement sous-exploité. Des barges modernes pourraient transporter des marchandises tout en utilisant la force des courants, des systèmes de propulsion assistés par le vent ou des énergies renouvelables produites localement.

Les téléphériques, télécabines et systèmes inspirés des remontées mécaniques pourraient devenir de véritables réseaux de mobilité quotidienne. Peu consommateurs d’espace, capables de franchir des reliefs complexes et relativement sobres en énergie, ils représentent une solution encore largement sous-utilisée dans de nombreuses régions du monde.

Comme dans les écosystèmes naturels, la résilience naît rarement de l’uniformité. Elle naît de la diversité, de la complémentarité et de la coopération.

Nous manifestons pour des infrastructures capables non seulement de transporter les êtres humains et les marchandises, mais aussi de produire de l’énergie, de protéger le vivant, de renforcer les territoires et de préparer l’avenir.

Les réseaux de demain ne devront pas seulement relier des lieux. Ils devront contribuer à relier les besoins humains aux équilibres du vivant.

a ski lift with a sky background and clouds
a cable car going over a bridge over a river
red and white train near trees during daytime
woman riding white rigid bike

CE QUI FAIT LA RÉUSSITE D’UN SYSTÈME DE MOBILITÉ

Les territoires les plus performants en matière de mobilité partagent souvent une même caractéristique : ils privilégient la complémentarité plutôt que l’uniformité.

En Suisse, le train constitue l’ossature du réseau. À Copenhague, le vélo accompagne les déplacements du quotidien. En Norvège, les ferries relient les territoires séparés par les fjords. Aux Pays-Bas, les infrastructures cyclables s’intègrent naturellement aux transports collectifs. Chaque solution remplit une fonction particulière et participe à un ensemble cohérent.

Comme dans le vivant, où chaque organe contribue à l’équilibre du corps, les systèmes de mobilité les plus efficaces reposent sur la coopération plutôt que sur la concurrence.

La véritable innovation réside dans l’art de relier intelligemment les véhicules qui existent déjà.

DES SOLUTIONS QUI ÉPOUSENT LE PAYSAGE

Dans de nombreuses villes d’Asie, les tuk-tuks, rickshaws motorisés ou triporteurs ont permis pendant des décennies de compléter les réseaux de transport traditionnels. Souples, légers et capables de circuler dans des rues étroites ou très fréquentées, ils illustrent la capacité d’un territoire à développer des solutions simples répondant à des besoins réels.

Dans de nombreuses régions d’Afrique, les minibus collectifs jouent un rôle essentiel dans les déplacements quotidiens. Souvent organisés de manière très souple, ils relient les quartiers, les villages et les centres urbains là où la mise en place de réseaux lourds serait difficile ou trop coûteuse. Ces systèmes démontrent qu’un transport efficace repose autant sur son adaptation aux usages que sur la sophistication de la technologie.

Dans les Alpes suisses, les vallées montagneuses ont favorisé le développement d’un maillage particulièrement dense de trains, bus, bateaux et remontées mécaniques fonctionnant comme un seul réseau. Cette complémentarité permet d’assurer la continuité des déplacements malgré un relief particulièrement exigeant.

À Medellín, en Colombie, les télécabines urbaines ont permis de relier des quartiers construits sur les hauteurs au reste de la ville. Ce système, intégré aux transports publics, a réduit l’isolement de milliers d’habitants et amélioré leur accès à l’emploi, à l’éducation et aux services.

Dans les pays nordiques, les ferries assurent depuis longtemps la continuité entre les territoires séparés par les fjords, les bras de mer ou les archipels. Plusieurs d’entre eux évoluent aujourd’hui vers des motorisations électriques ou hybrides, démontrant qu’une infrastructure ancienne peut continuer à se moderniser sans perdre son utilité.

Dans les grandes plaines fluviales d’Europe, les voies navigables transportent encore d’importantes quantités de marchandises avec une efficacité énergétique remarquable. Le transport fluvial rappelle qu’une solution ancienne peut parfois répondre à des défis très contemporains.

Toutes ces expériences racontent finalement la même histoire. Les systèmes de mobilité les plus performants ne cherchent pas à imposer une solution unique. Ils constatent le territoire. Ils comprennent ses contraintes et s’appuient sur ses atouts. Puis ils construisent des réponses adaptées à sa réalité.

Comme l’eau épouse naturellement le relief qu’elle traverse, les infrastructures les plus durables sont souvent celles qui s’intègrent harmonieusement dans leur environnement.

Car les avancées les plus durables émergent lorsque l’intelligence collective rencontre les réalités du terrain.

man driving yellow and black golf cart
a bus parked on a road
white cruise ship on harbor

Et maintenant ?

Le Manifeste des Gouttes d’Eau est né d’une conviction simple : nos sociétés peuvent évoluer en douceur en reliant les grands sujets de la vie publique et celles et ceux qui agissent déjà.

Il propose une base commune aux citoyens, associations, collectifs et réseaux engagés dans des domaines différents. Chacun garde son identité et son expertise. En faisant apparaître ce qui relie leurs engagements, ils peuvent donner plus de poids à ce qu’ils portent déjà, y compris à l’échelle nationale.

Dans un premier temps, cette évolution prend forme aux côtés des initiatives et des structures existantes grâce aux Alvéoles : de petits groupes réunis autour d’un sujet ou d’un territoire pour croiser les expériences et faire émerger des actions concrètes.

Chaque participation compte. À l’image des gouttes d’eau qui, ensemble, nourrissent la vie, nos forces réunies peuvent porter plus loin les actions de chacun. L’urgence nous invite à commencer par ce qui nous rassemble et à apprendre en avançant.