V – Nourrir les humains, préserver le vivant

Une agriculture enracinée dans les territoires

Nous proposons une agriculture davantage fondée sur les caractéristiques naturelles des territoires.

Chaque région du monde a son identité qui lui est propre.

Nous croyons qu’une agriculture durable doit chercher à travailler avec les équilibres naturels plutôt qu’à les contraindre en permanence.

Cette courte vidéo présente les idées essentielles du chapitre : redonner toute leur place aux agriculteurs et construire une agriculture qui nourrisse les humains tout en préservant les sols, l’eau et le vivant.

Les textes ci-dessous approfondissent cette vision, puis la partie « Chantiers » propose des pistes concrètes pour passer à l’action.

La fin progressive des modèles destructeurs

Nous constatons que certains modèles agricoles intensifs ont permis d’augmenter fortement les rendements mais ont également généré l’appauvrissement des sols, la destruction de biodiversité et la pollution des eaux. Ils impliquent également la dépendance chimique comme la fragilisation des agriculteurs. Nous observons la standardisation des productions et la disparition progressive de nombreuses espèces locales végétales comme animales.

Nous proposons d’encourager progressivement la polyculture et l’agroécologie.

Les cultures adaptées aux territoires permettent des agricultures moins dépendantes des intrants industriels, favorisent les circuits courts et les pratiques régénératrices.

herd of cattle standing on green grass

«La nation qui détruit son sol se détruit elle-même.» – Franklin D. Roosevelt

Une agriculture nourricière et résiliente

Nous croyons que chaque peuple devrait pouvoir tendre progressivement vers une certaine autonomie alimentaire.

Cela ne signifie pas la fermeture des frontières ni l’arrêt des échanges entre territoires. Cela signifie qu’aucune population ne devrait dépendre entièrement de systèmes mondiaux fragiles pour satisfaire ses besoins essentiels.

Nous souhaitons encourager la production locale de semences adaptées aux territoires, la diversité agricole et la découverte de nouvelles plantes comestibles. Nous favoriserons la coopération entre agriculteurs, la transmission des savoirs agricoles et les modèles régénérateurs.

Nous croyons également que l’agriculture de demain devra progressivement réconcilier la technologie avec les savoirs traditionnels, en soutenant l’écologie, en favorisant l’autonomie énergétique et la compréhension scientifique des sols et des écosystèmes.

Nous proposons donc de soutenir une agriculture plus résiliente, davantage enracinée dans les réalités locales et capable de préserver les équilibres naturels sur le long terme.

Une civilisation qui abandonne son agriculture locale fragilise progressivement sa souveraineté, sa santé et sa résilience. Une société durable préserve sa capacité à nourrir sa population, à transmettre ses savoirs et à entretenir un lien vivant avec les territoires qui la portent. 

Les agriculteurs ne devraient plus être considérés uniquement comme des producteurs. Ils participent aussi à l’entretien des paysages comme à la stabilité alimentaire. Ils contribuent normalement aussi à la protection des sols, à la transmission des savoirs, à l’équilibre des territoires.

L’agriculture représente bien davantage qu’un simple secteur économique.

Elle touche directement à la santé, à l’eau, aux paysages, aux cultures locales, à l’autonomie des peuples, à la biodiversité, à la stabilité des territoires.

Nous manifestons pour la reconnaissance et la protection des équilibres biologiques propres à chaque territoire.

Nous proposons donc une meilleure information des populations comme des études d’impact renforcées ; une surveillance écologique indépendante et des politiques de prévention plus efficaces.

Préservation des espèces et des équilibres écologiques

Chaque territoire abrite un équilibre vivant unique, façonné au fil des siècles par les interactions entre les espèces, le climat, les sols, l’eau et les activités humaines.

Lorsqu’un de ces équilibres est rompu, les conséquences peuvent parfois se propager bien au-delà de ce que l’on imaginait. La disparition d’une espèce, l’introduction d’une nouvelle espèce ou certaines modifications de l’environnement peuvent favoriser des phénomènes de prolifération, fragiliser les espèces locales et perturber durablement le fonctionnement des écosystèmes.

L’histoire du parc de Yellowstone a notamment montré qu’une seule espèce pouvait influencer l’ensemble d’un territoire, depuis la végétation jusqu’aux cours d’eau. À l’inverse, l’expansion de certaines espèces invasives ou opportunistes rappelle combien les équilibres naturels demeurent sensibles aux changements rapides.

Préserver la biodiversité ne consiste pas uniquement à protéger des espèces isolées. Il s’agit également de préserver les relations complexes qui unissent les plantes, les animaux, les champignons, les micro-organismes et les êtres humains au sein d’un même environnement.

Nous proposons de renforcer la connaissance des écosystèmes, de mieux suivre les phénomènes de prolifération susceptibles de fragiliser les milieux naturels et de développer des politiques de prévention capables d’anticiper les déséquilibres avant qu’ils ne deviennent difficiles à corriger.

Comme un mécanisme dont chaque pièce contribue à l’ensemble, les écosystèmes reposent sur une multitude d’interactions invisibles. Comprendre ces équilibres constitue souvent le premier pas vers leur préservation.

brown mushrooms on green grass during daytime

CHANTIER 5 – AGRICULTURE ET ALIMENTATION

Si l’eau est la prise de sang du territoire, le sol en est la peau vivante.

a white chicken with a red comb sticking out of its hole
green leaf plant with water droplets
a field of daisies under a cloudy blue sky
red and black ladybug on green leaf
white and brown dome building near green and coconut tree grass at daytime
a close up of a cow's face and nose
Field of red poppies at sunset
red tractor on brown field during daytime
brown chicken on gray round container
gray concrete brick walkway
a glass jar filled with coins and a plant
aerial photography of roadway

Après avoir observé la santé de nos rivières, de nos nappes phréatiques et de nos zones humides, une question s’impose naturellement : comment produisons-nous notre alimentation ? Car la qualité de l’eau, la fertilité des sols, la biodiversité et la santé humaine sont intimement liées. Pendant des millénaires, les sociétés humaines ont prospéré grâce à des sols vivants capables de stocker l’eau, de nourrir les cultures et d’abriter une immense diversité d’organismes invisibles.

Aujourd’hui encore, partout dans le monde, des agriculteurs démontrent qu’il est possible de produire une alimentation abondante tout en régénérant les écosystèmes.

Leurs expériences montrent qu’agriculture et écologie ne sont pas nécessairement opposées. Bien au contraire, elles peuvent devenir des alliées.

L’agroécologie, l’agriculture de conservation des sols, l’agroforesterie, la permaculture ou encore les pratiques régénératives constituent autant de pistes explorées dans de nombreux pays.

Toutes reposent sur une même idée : travailler avec les mécanismes du vivant plutôt que contre eux.

En France, l’un des exemples les plus connus est celui de Pierre Rabhi. Dès les années 1960 et 1970, alors que l’agriculture intensive devient la norme, il défend une approche fondée sur l’autonomie des fermes, la préservation des sols, la sobriété des moyens et le respect des équilibres naturels. Ses travaux et ses écrits ont largement contribué à populariser l’agroécologie dans l’espace francophone et ont inspiré plusieurs générations d’agriculteurs.

La ferme du Bec Hellouin, fondée en 2006 par Charles et Perrine Hervé-Gruyer en Normandie, constitue une autre référence. À partir de 2011, un programme de recherche est lancé avec AgroParisTech et l’INRA afin d’étudier les performances agronomiques et économiques de ce modèle inspiré de la permaculture. Les travaux publiés montrent qu’une micro-ferme conduite avec des techniques intensives en connaissances plutôt qu’en énergie fossile peut atteindre des niveaux de productivité remarquables sur de petites surfaces.

Des études scientifiques menées sur les sols du Bec Hellouin ont également mis en évidence une amélioration du stockage de matière organique et de certaines propriétés biologiques du sol, éléments essentiels pour la fertilité à long terme.

L’agriculture de conservation des sols suit une logique complémentaire. Développée depuis plusieurs décennies en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Europe et en Australie, elle repose sur trois principes fondamentaux : limiter le travail du sol, maintenir une couverture végétale permanente et diversifier les rotations culturales.

L’objectif est de reconstruire progressivement la vie du sol. Les vers de terre, les champignons, les bactéries et l’ensemble de la microfaune remplacent alors une partie du travail réalisé autrefois par les outils mécaniques. Les sols deviennent plus résistants à l’érosion, plus riches en matière organique et capables de mieux retenir l’eau lors des périodes de sécheresse. L’agroforesterie s’inscrit dans la même dynamique. Cette pratique, ancienne dans de nombreuses régions du monde, consiste à associer arbres, cultures et parfois élevage sur une même parcelle. Longtemps abandonnée dans certaines zones agricoles, elle connaît aujourd’hui un regain d’intérêt.

Les arbres protègent les sols du vent et du soleil excessif, favorisent l’infiltration de l’eau, abritent les pollinisateurs, stockent du carbone et participent au maintien de la biodiversité. Plusieurs programmes de recherche conduits en France depuis les années 1990 ont montré qu’une parcelle associant arbres et cultures peut produire davantage de biomasse qu’une surface cultivée de manière uniforme.

À l’échelle internationale, plusieurs expériences illustrent également cette capacité de régénération.

En Inde, les travaux de nombreux agriculteurs inspirés par les pratiques naturelles, notamment celles popularisées par Subhash Palekar à partir des années 1990, ont démontré qu’il était possible de réduire fortement les intrants chimiques tout en améliorant progressivement la fertilité des sols et la résilience des exploitations face aux sécheresses.

En Australie, plusieurs pionniers de l’agriculture régénérative ont obtenu des résultats remarquables dans des régions pourtant soumises à des conditions climatiques difficiles. Leurs travaux ont montré qu’un sol riche en matière organique peut stocker davantage d’eau, limiter l’érosion et mieux résister aux épisodes climatiques extrêmes.

Aux États-Unis, plusieurs exploitations agricoles démontrent également l’intérêt de réassocier élevage et cultures. Le ranch de Gabe Brown, dans le Dakota du Nord, est devenu l’une des références mondiales de l’agriculture régénérative. Depuis les années 1990, il combine cultures diversifiées, couverts végétaux et pâturage tournant. Les troupeaux sont déplacés régulièrement afin de reproduire les comportements naturels des grands herbivores. Cette approche favorise le développement de la vie du sol, améliore l’infiltration de l’eau et réduit fortement le recours aux intrants. Les sols deviennent plus fertiles, plus résilients face aux sécheresses et plus productifs sur le long terme.

D’autres exploitations, comme White Oak Pastures en Géorgie, associent plusieurs espèces animales dans un système de rotation inspiré du fonctionnement naturel des écosystèmes. Bovins, moutons, volailles et porcs participent chacun à leur manière à la fertilisation des sols, à la gestion de la végétation et à la régénération des pâturages. Ces expériences montrent qu’il est possible de produire de la nourriture tout en restaurant progressivement les écosystèmes dont dépend cette production.

Ces exemples rappellent une évidence parfois oubliée : dans la nature, les plantes, les animaux, les insectes et les micro-organismes ne fonctionnent pas séparément. Ils forment un système vivant. Plus l’agriculture s’inspire de ces interactions naturelles, plus elle semble capable de gagner en autonomie, en résilience et en fertilité.

Partout, le constat est similaire : lorsqu’un sol retrouve sa vie biologique, il devient plus fertile, plus résistant et plus autonome.

Mais au-delà des techniques agricoles elles-mêmes, une autre leçon mérite notre attention : les progrès les plus rapides apparaissent souvent lorsque les agriculteurs apprennent les uns des autres.

La France possède déjà un exemple remarquable de cette coopération : les CUMA, Coopératives d’Utilisation du Matériel Agricole.

Créées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les premières CUMA ont été officiellement reconnues par la loi du 12 octobre 1945 afin de permettre aux agriculteurs de mutualiser l’accès à des équipements coûteux. Aujourd’hui, elles regroupent près de la moitié des agriculteurs français au sein de plus de 10 000 coopératives locales.

Les CUMA ne partagent pas seulement des machines. Elles favorisent également l’entraide, la transmission des savoir-faire, l’emploi partagé, les projets collectifs et l’innovation territoriale. Les Alvéoles Agricoles pourraient prolonger cette logique. Elles permettraient aux agriculteurs, éleveurs, maraîchers, chercheurs, techniciens, collectivités et citoyens de partager plus rapidement leurs réussites, leurs expérimentations et leurs difficultés.

Lorsqu’un agriculteur parvient à réduire ses besoins en eau, à améliorer son sol, à restaurer une haie, à développer une nouvelle culture ou à limiter ses charges, cette expérience pourrait être diffusée beaucoup plus rapidement à l’ensemble du territoire.

L’objectif ne serait pas d’imposer un modèle unique, mais de permettre à chaque territoire d’apprendre en permanence de ses propres réussites comme de celles des autres. Car la fertilité des sols, comme celle des sociétés humaines, repose souvent sur la diversité, la coopération et le temps long.

Prendre soin de nos sols, c’est prendre soin de notre alimentation, de notre eau, de notre santé et de notre avenir.

Là encore, la principale réussite n’est pas technologique. Elle réside dans la capacité du territoire à mobiliser ses habitants autour d’un projet collectif.

D’autres pays ont poussé encore plus loin certaines formes d’autonomie locale.

Au Danemark, les coopératives citoyennes d’énergie constituent depuis plusieurs décennies l’un des piliers de la transition énergétique. Dès les années 1970, après les chocs pétroliers, de nombreux citoyens se regroupent pour financer eux-mêmes des installations de production d’énergie renouvelable. Cette implication directe des habitants a favorisé l’acceptation locale des projets tout en permettant aux bénéfices de rester sur le territoire. Le Danemark est aujourd’hui considéré comme l’un des précurseurs européens dans ce domaine.

Cette logique est simple : lorsqu’un territoire produit une partie de son énergie, il conserve localement une partie des richesses qui auraient autrement quitté le territoire.

Le même raisonnement peut s’appliquer à l’alimentation, à l’artisanat, à la formation ou à certains services.

Plusieurs territoires expérimentent également des monnaies locales complémentaires.

En France, des initiatives comme l’Eusko au Pays basque, lancée en 2013, ou la Gonette à Lyon en 2015, cherchent à encourager les échanges de proximité. Une monnaie locale ne remplace pas l’euro. Elle agit comme un accélérateur économique territorial en favorisant la circulation des richesses au sein d’un même bassin de vie.

Chaque euro dépensé localement peut ainsi soutenir plusieurs acteurs successifs du territoire avant de quitter l’économie locale.

Ces expériences montrent qu’il existe de nombreux chemins vers davantage de résilience. Certaines collectivités travaillent sur l’énergie. D’autres sur l’alimentation. D’autres encore sur l’économie locale, la mobilité, l’habitat ou la gestion de l’eau.

Toutes poursuivent pourtant un objectif similaire : renforcer la capacité d’un territoire à prendre soin de lui-même.

L’enjeu est désormais de relier les innovations entre elles afin que chaque territoire puisse bénéficier des réussites des autres tout en conservant son identité propre.

La résilience n’est pas le repli.

C’est la capacité à rester debout lorsque les circonstances changent, tout en continuant à coopérer avec le reste du monde.

a close up of a sheep with other sheep in the background
brown dried leaves on persons hand
orange machine near brown house
A single white mushroom grows in green grass.
brown joey on grass field
Rooster and ram facing each other by fence
selrctive focus of white flowers
a group of people working in a field
caesar salad
white and black boat near the dock
silver round coin on white table
close-up photography of railings
a bee on a flower
a close up of a bunch of flowers on a tree

RICHESSES ALIMENTAIRES À REDÉCOUVRIR

Pendant des siècles, chaque territoire a développé une connaissance fine des plantes qui l’entouraient. Certaines étaient cultivées, d’autres poussaient naturellement dans les jardins, les prairies, les haies ou les sous-bois. Elles participaient à l’alimentation quotidienne, à l’élevage et à l’autonomie des familles.

Aujourd’hui, une partie de ces connaissances tend à disparaître. Dans le même temps, certaines espèces invasives ou opportunistes gagnent du terrain. L’ambroisie progresse dans de nombreuses régions françaises, la berce du Caucase remplace parfois la végétation locale et plusieurs territoires insulaires voient certaines plantes exotiques concurrencer directement des espèces endémiques. Ces évolutions nous rappellent que la biodiversité reste un équilibre fragile.

Pourtant, les richesses sont souvent déjà présentes autour de nous.

Les jeunes feuilles de tilleul offrent une salade douce et tendre particulièrement appréciée au printemps. L’ortie, riche en minéraux et en protéines végétales, entre dans la composition de nombreuses soupes, pestos et préparations traditionnelles. L’alliaire, fréquente dans les haies, développe une saveur délicate rappelant l’ail et la moutarde. La pimprenelle apporte un parfum de concombre aux salades. Le mouron blanc, souvent considéré comme une simple mauvaise herbe, constitue un excellent légume-feuille. Les pâquerettes, les fleurs de violette, d’aubépine ou de sureau trouvent également leur place dans de nombreuses recettes.

Ces plantes ne représentent qu’une petite partie des ressources autrefois connues et utilisées dans nos campagnes. Elles témoignent d’un patrimoine alimentaire souvent oublié, adapté aux particularités de chaque territoire et transmis pendant des générations.

Retrouver ces savoirs ne consiste pas à revenir en arrière. Il s’agit d’enrichir notre alimentation, de diversifier les ressources disponibles, de renforcer notre autonomie et de redécouvrir les richesses déjà présentes autour de nous.

Préserver la biodiversité c’est aussi contribuer à la résilience alimentaire, culturelle et écologique des territoires de demain.

ANIMAUX ET CIVILISATION DU VIVANT

Depuis des millénaires, les animaux accompagnent l’humanité.

Ils ont participé à nos déplacements, à notre alimentation, à la protection de nos familles, à la construction de nos territoires et au développement de nos civilisations. Ils ont partagé nos voyages, nos travaux, nos découvertes, nos joies et parfois nos solitudes.

Pourtant, pendant longtemps, nous les avons principalement considérés comme des ressources, des outils ou des biens.

Les connaissances scientifiques accumulées au cours des dernières décennies nous invitent aujourd’hui à porter un regard plus nuancé sur le monde animal.

Les éléphants manifestent des comportements de deuil lorsqu’ils perdent l’un des leurs. Les corbeaux sont capables de reconnaître et de mémoriser des visages humains pendant plusieurs années. Les dauphins utilisent des systèmes de communication complexes et semblent posséder une forme d’identité individuelle. Les chiens comprennent de nombreux signaux émotionnels humains et adaptent leur comportement en conséquence. Certaines études ont montré que des rats pouvaient venir spontanément en aide à leurs congénères en difficulté. Les grands singes utilisent des outils, transmettent des savoir-faire et développent parfois de véritables traditions culturelles au sein de leurs groupes.

Ces découvertes ne rendent pas les animaux identiques aux êtres humains. Elles nous rappellent simplement que l’intelligence, l’émotion, l’apprentissage, la coopération ou l’attachement ne sont pas l’exclusivité de notre espèce.

Comme l’écrivait Albert Schweitzer : « Jusqu’à ce qu’il ait étendu le cercle de sa compassion à tous les êtres vivants, l’homme ne trouvera pas lui-même la paix. »

Les animaux occupent déjà une place essentielle dans notre quotidien.

Les chiens guides permettent à des personnes malvoyantes de gagner en autonomie. Les chiens de secours recherchent les victimes après des catastrophes naturelles. D’autres sont capables de détecter certaines maladies ou d’accompagner les forces de l’ordre dans leurs enquêtes.

La médiation animale apporte également des résultats encourageants auprès des enfants, des personnes âgées, des personnes en situation de handicap ou présentant des troubles du spectre autistique. Les chevaux sont utilisés dans plusieurs approches thérapeutiques favorisant la confiance en soi, la gestion des émotions ou la rééducation.

Pour de nombreuses personnes isolées, un animal de compagnie représente parfois une présence quotidienne précieuse, une source d’affection, de stabilité et de lien avec le monde extérieur.

Les animaux jouent également un rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes.

Certaines espèces constituent de véritables sentinelles environnementales. Leur déclin, leur disparition ou leurs changements de comportement nous alertent souvent bien avant que les conséquences ne deviennent visibles pour les êtres humains. Les oiseaux, les amphibiens, les insectes pollinisateurs ou certaines espèces aquatiques nous renseignent en permanence sur l’état de santé des territoires que nous habitons.

Comme l’eau, les forêts ou les sols, les animaux participent aux équilibres dont dépend notre propre survie.

La relation entre l’être humain et les animaux ne concerne donc pas seulement la protection de quelques espèces. Elle interroge notre manière d’habiter le monde.

En France, depuis 2015, les animaux sont juridiquement reconnus comme des « êtres vivants doués de sensibilité ». Cette évolution traduit une prise de conscience progressive de nos sociétés. Un animal n’est pas un objet. C’est un être vivant capable de ressentir la douleur, le stress, le bien-être ou l’attachement.

Cette reconnaissance nous invite à poursuivre la réflexion sur les conditions d’élevage, de transport, de détention et d’abattage.

Nous ne manifestons pas pour opposer les êtres humains aux animaux ni pour imposer un modèle alimentaire unique.

Nous manifestons pour une relation plus respectueuse du vivant sous toutes ses formes.

Dans plusieurs pays européens, notamment en Suède, en Allemagne ou en Suisse, des unités d’abattage mobiles permettent de limiter le stress lié au transport des animaux en réalisant certaines opérations directement sur les exploitations agricoles. D’autres initiatives cherchent à améliorer les conditions d’élevage, à développer des alternatives alimentaires ou à mieux prendre en compte le bien-être animal tout au long de la chaîne de production.

Apprendre à mieux comprendre les animaux n’est peut-être pas seulement une manière de mieux les protéger. C’est aussi une manière de mieux comprendre notre propre place au sein du vivant.

Comme le rappelait Albert Schweitzer :

« L’homme ne sera vraiment civilisé que lorsqu’il comprendra que toute vie mérite respect. »

Une civilisation du vivant se mesure aussi à la manière dont elle prend soin des êtres avec lesquels elle partage le monde.

brown horse
elephants on road
focus photography of long-fur brown cat
a couple of pigs that are laying down

Et maintenant ?

Le Manifeste des Gouttes d’Eau est né d’une conviction simple : nos sociétés peuvent évoluer en douceur en reliant les grands sujets de la vie publique et celles et ceux qui agissent déjà.

Il propose une base commune aux citoyens, associations, collectifs et réseaux engagés dans des domaines différents. Chacun garde son identité et son expertise. En faisant apparaître ce qui relie leurs engagements, ils peuvent donner plus de poids à ce qu’ils portent déjà, y compris à l’échelle nationale.

Dans un premier temps, cette évolution prend forme aux côtés des initiatives et des structures existantes grâce aux Alvéoles : de petits groupes réunis autour d’un sujet ou d’un territoire pour croiser les expériences et faire émerger des actions concrètes.

Chaque participation compte. À l’image des gouttes d’eau qui, ensemble, nourrissent la vie, nos forces réunies peuvent porter plus loin les actions de chacun. L’urgence nous invite à commencer par ce qui nous rassemble et à apprendre en avançant.